Beaucoup d'idées se sont construites et
détruites dans les deux dernières semaines. J'ai quitté le premier cours avec
comme premier objectif de revoir et retravailler le concept, le tourner et le
retourner pour brasser un peu tout ce que j'avais dans la tête. J'ai voulu
l'approfondir aussi, la bibliothèque a donc été mon premier point de départ.
J'ai emprunté plusieurs livres, tous tournant autour du thème de la
temporalité, du temps, toujours en lien avec l'être humain et sa perception de
celui-ci. J'en ai survolé quelques-uns, d'autres j'ai lu plus en profondeur.
Mes lectures m'on aidé à comprendre les enjeux du temps dans la société
humaine, de sa relativité, au temps commun contre le temps propre à chacun, à
la mémoire. Un auteur que j'affectionne particulièrement, Dany Laferrière,
s'exprime souvent avec une inquiétante précision sur ces questions:
«L'adulte sait que les choses, comme les
êtres, qui partent finissent par revenir, mais c'est différent pour l'enfant à
qui tout semble dire adieu constamment. Cet âge de la vie où dix secondes
semblent une éternité quand on ne sait pas qu'il nous reste quatre-vingts ans à
vivre. Mais quatre-vingts ans ou un an, c'est pareil durant cette période bénie
où le temps n'existe pas encore. Ce temps infini qui ne se montre qu'à ceux qui
sont vraiment vivants. Ceux qui trouvent le temps lent à passer vivent dans un
temps fini. Le temps ne se donne qu'à celui qui l'ignore.»
L'art presque perdu de ne rien faire, page 32
Je sentais que l'image que j'avais en tête
était beaucoup trop saturé. Trop de fla-fla, de superflu. Plus les jours passaient,
et plus l'image initiale que j'avais se transformait,
se simplifiait d'une certaine manière, mais devenait un réel reflet de ma
démarche conceptuelle. Le plus grand changement dans mon projet fut le
transfert d'un vidéo qui au départ me semblait plus narratif et cinématographie
vers la vidéo performance. Le changement c'est opéré quand j'ai revisité
le travail d'une artiste remarquable qui m'inspire beaucoup: Marina Abramović.
Je ne vais pas m'étaler ici sur la présentation finale de mon projet, mais j'ai
compris que si je voulais authentiquement représenter la rencontre entre deux
individus, la voie de la performance était la meilleure. Cet aspect de l'instantané,
du moment présent dans ces qualités comme ces défauts, a pris le dessus. Parce
que si l'on donne tant d'importance au temps, c'est que c'est à travers
nous-même qu'il s'incarne et d'une certaine manière, le temps c'est nous. Les
séries de performances que je présenterai sur vidéo au gala seront, je pense,
une prise de contrôle de nous-même face aux contraintes qu'il nous impose.
Marina Abramović, The Artist Is Present
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